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Profession      uvriers Saboteurs

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A la rencontre des hommes et des femmes

qui ont fait la résurrection de Peugeot

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     Le mot « terrorisme » est lâché. Pour une fois, il sera mis au service d’une1943, des hommes, des femmes allaient s’en prendre à l’outil de production de la firme sochalienne. Replongeons-nous un instant dans l’histoire. Les années de 1940 à 1942 avaient été terribles. L’Allemagne nazie avait envahi l’Europe. En novembre 1942, elle s’emparait de la zone libre et le régime de Vichy engageait une politique de collaboration avec l’ennemi … Dès l’écroulement de la France, les usines Peugeot, comme la plupart de celles du pays, étaient contraintes de participer à l’effort de guerre du Troisième Reich.

Au mois de juillet 1943, les Anglais bombardèrent le site de Sochaux afin d’anéantir sa production. Ce fut un échec total ; en revanche, le raid avait rasé la ville et avait fait des centaines de victimes parmi la population civile. De bonnes sources, on apprenait qu’un nouveau bombardement de la R.A.F. était programmé. C’est alors qu’un groupuscule d’ouvriers courageux, intrépides décidaient au péril de leur vie, de saboter les outils de travail. Ainsi, ils entendaient prouver aux Alliés que les usines n’étaient plus à mêmes d’assurer les fabrications, et ceci, afin d’éviter un second bombardement. Avec l’appui d’agents du S.O.E. (service secret britannique), ces opérations de sabotage allaient être, non sans mal, couronnées de succès ...

La production chuta de 80 % jusqu’à la fin de la guerre. Bien que l’outil de travail fût très endommagé, l’entreprise allait rapidement guérir de ses blessures et recouvrer une vie laborieuse grâce au lancement d’une berline phare : la 203, une voiture entrée dans la  légende. Mais une question demeure : quelle serait aujourd’hui la situation du pays de Montbéliard si les Anglais avait réussi à raser de la carte le site industriel de Sochaux ?

Fils de réfractaire et bercé des annales de la Résistance, l’auteur consignait quelques années plus tard le témoignage d’ouvriers, une petite poignée seulement, qui avaient entrepris les plus spectaculaires opérations de sabotage à l’intérieur de l’usine. Ce roman est l’épopée de leurs audacieux exploits.

« Profession, Ouvriers Saboteurs. 1943, A la Rencontre des Hommes et des Femmes qui ont fait la Résurrection de Peugeot »


Ouvrage préfacé par M. Yves Cohen, Directeur d’études à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales. Paris.






  

QUAND PEUGEOT PLEBISCITAIT

LE «TERRORISME »

  

Une stèle en sa mémoire et en hommage à son courage et ses actions de résistant fut déposée en 2009 au monument aux Morts de Vieux-Charmont.

Alfred Schorpp. Il fut l’un des principaux protagonistes des opérations  de sabotage à l’intérieur des usines Peugeot (Photo de l'auteur 2001)

Diana Rowden, était un agent du S.O.E. chargé d'acheminer le courrier dans les réseaux de la Résistance régionale. Elle a personnellement oeuvré auprès d'Harry REE en vue des opérations de sabotage chez Peugeot. Trahie par un "collabo", elle est déportée et décède dans le camp de concentration du Strurthof (photo d'archives).

Harry REE, l’agent anglais arrivé clandestinement dans le Pays de Montbéliard, chargé de ravitailler en armes et en explosifs les mouvements de la Résistance régionale (photo Archives R.A.F.)

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L’AGENT QUI VENAIT DE LONDRES


  Dans le Surrey, en Angleterre, un homme fumait cigarette sur cigarette, marchait de long en large aux abords d’un terrain d’aviation de fortune, et tentait de maîtriser son impatience. Il observait les vols en arabesque et les piqués fulgurants de « Spitfires » qui s’adonnaient à un exercice de tir au sol. 

    L’homme avait le regard vif. Ses yeux ardents et gais exprimaient une nature enjouée. En ce début d’année 1943, il avait passé 28 ans ; l’âge de toutes les folies et des grands desseins pétris d’aventures. Avant cette maudite guerre, il avait fait ses études à l’Institut d’Education à l’Université de Londres et était devenu professeur de langue à la Grammar School et à la Beckenham and Penge Country School de Bradford, une ville située dans le Yorkshire du Royaume Uni. Il parlait plutôt bien le français et s’enorgueillissait. Ce fut au sortir de ses études qu’il connut Hetty, une charmante et délicieuse jeune femme, qu’il épousa en 1940. Mais à ce moment, l’Angleterre était en guerre ; son armée venait de subir une déroute sévère à Dunkerque aux côtés de l’armée française. Ce jour-là, il fut soudain animé d’une frénésie intérieure :  servir coûte que coûte son pays, d’autant que par son père qui descendait d’une illustre famille danoise, il avait un peu de sang juif qui coulait dans ses veines. À travers les actualités cinématographiques, il avait vu les exactions commises par les nazis sur les juifs d’Allemagne et des pays annexés. Cet homme s’appelait Harry Alfred Rée.

   Un officier de sa connaissance marchait à grands pas ; il s’approcha et interrompit la méditation de l’observateur.

    _ Salut Harry ! j’ai un pli pour toi, et j’ai reçu le même. Tu es convoqué sans plus tarder à Londres, au quartier général du Big boss.

      Le visage de l’intéressé s’illumina ; il pensait bien qu’il allait enfin pouvoir entrer en action car il venait d’achever une formation très particulière et à la fois éprouvante, afin d’opérer au profit du S.O.E. en l’occurrence, le Spécial Operations Executive qui dépendait des services secrets de Sa Très Gracieuse Majesté britannique.

     Il prit un billet de chemin de fer pour Londres et parvint en retard à son rendez-vous à cause d’une alerte. Le train s’était arrêté une heure dans un tunnel en rase campagne avant d’atteindre les faubourgs de la City. Certes, l’Angleterre subissait toujours des bombardements nocturnes mais ce n’était plus le déluge de feu qu’elle avait connu au cours des années précédentes. Pour l’heure, la Luftwaffe  était trop occupée dans les territoires de l’est où la Wehrmacht perdait du terrain, épuisée par les offensives sanglantes et le harcèlement que lui infligeait l’armée rouge. La Luftwaffe ? Une aviation hors pair : la meilleure qui fût au début des hostilités.

    Tout avait commencé avec l’écroulement de la France. Les Anglais avaient rejeté toutes les propositions de négociation avec Hitler ; il proposait une paix de compromis avec l’Allemagne. Mais l’homme fort qu’était Churchill avait refusé. Alors, les nazis préparèrent un plan d’invasion des îles britanniques, mais à une condition : il fallait auparavant que la RAF fût anéantie. Le gros maréchal Goering qui commandait la Luftwaffe, forte de 2000 chasseurs et de 1200 bombardiers, avait ironisé : « Je ne sous-estime pas la capacité des Anglais, ils n’ont pas leur pareil pour fabriquer des lames de rasoir », avait-il déclaré à l’un de ses généraux.

    Quant à la RAF elle ne disposait pas d’autant d’avions et la lutte qui se présentait était inégale. Une première offensive aérienne allemande mit le Fighter Command en grande difficulté. Mais l’Angleterre avait des atouts importants : elle disposait d’une innovation : le radar, et voyait arriver l’adversaire ; elle disposait d’une bonne défense antiaérienne, et les chasseurs de la Luftwaffe qui accompagnaient les bombardiers avaient une autonomie de vol très courte ; les pilotes anglais combattaient à proximité de leurs bases et lorsqu’ils étaient abattus, ils s’éjectaient et tombaient au-dessus du Royaume-Uni, ce qui leur permettait de reprendre le combat en quelques heures, tandis qu’un pilote allemand était irrémédiablement perdu …

    Pendant des jours et des jours, l’Angleterre fut harcelée sans qu’aucune des parties ne prît l’avantage. Un mois plus tard, les nazis lancèrent alors une seconde offensive qu’ils pensèrent décisive, contre les aérodromes, les hangars, les stations radar, les centres de contrôle aérien, les usines d’aviation. La R.A.F. effectua plus de 700 sorties quotidiennes. Les pertes de part et d’autre furent importantes, mais la Luftwaffe commençait à manquer de pilotes et d’appareils.

   En représailles, l’Angleterre opéra des raids de bombardement sur Berlin. C’est alors qu’Hitler, rugissant, ordonna un changement d’objectif : « Je brûlerai les murs de Londres jusqu’au sol ! » avait-il vociféré devant les cadres du parti réuni au palais des sports de Berlin. En persistant à détruire les infrastructures de la R.A.F. les généraux de la Luftwaffe comprenaient qu’ils étaient en train de gagner la bataille et suppliaient Hitler de ne pas changer d’orientation. Mais l’entêtement du dictateur l’emporta … et ce fut le début du  Blitz.

   Au regard de cette erreur stratégique qui allait ensanglanter Londres, la R.A.F. put reconstituer ses escadrilles et gagner la bataille. Hitler, dépité, renonça à l’invasion des îles britanniques. Néanmoins, la Luftwaffe maintint ses raids nocturnes sur Londres.

   Winston Churchill devait écrire plus tard : « Jamais dans l’Histoire un si petit nombre d’hommes n’a tenu entre ses mains le destin d’un si grand nombre ».

     À Londres, au 62 et 64 Baker Street, siège de la section française du S.O.E. l’officier à l’uniforme impeccable et aux épaulettes garnies de quatre barrettes regarda sa montre …

    _ Ah, vous voilà enfin, Rée ! s’adressant à lui en français.

    _ Pardonnez mon retard, colonel … mon train subitement à l’arrêt en campagne … et  de plus, un monde fou dans le métro …

     _ Oui, il y a eu deux alertes aujourd’hui ! Alors, comment ça va, mon vieux ?

     _ Plutôt bien … Je suppose que je vais partir ?

     _ En effet, j’ai reçu des ordres ; vous partez après-demain, dans la nuit, car c’est la pleine lune et vous irez rejoindre « Paulette » qui opère actuellement dans la région de Clermont-Ferrand. Désormais, elle sera votre coéquipière dans les missions qui vous attendent.

    _  Paulette ? Paulette ? c’est bien Diana Rowden, n’est-ce pas ?

    _ Affirmatif !

    _ Je l’ai connue avant mon entraînement. Que fait-elle là-bas ?

    _ Son dernier message radio nous indiquait qu’elle opérait avec un groupe de résistants chez Michelin.

    _ Michelin ?

  _ Oui, c’est une usine qui fabrique des pneumatiques, et comme pour toutes celles installées sur le continent, ce sont les « Fridolins » qui ramassent le tout …

    _ Devrai-je être parachuté ?

    _ Non, un « Lysander » vous transportera à bon port. Un petit comité d’accueil de Français très sûrs, vous réceptionnera … le pilote connaît l’endroit. Cette fois, passez au magasin K et préparez votre paquetage ; voici votre enveloppe : fausse carte d’identité … tickets d’alimentation … de l’argent français ; voici encore en cadeau quelques cartouches de cigarettes françaises et … votre capsule de cyanure ; vous savez pourquoi ?

Rée ne répondit pas. Le colonel lui offrit une cigarette américaine.

    _ À propos, n’emportez pas de cigarettes anglaises, je vous autorise seulement un paquet pour le voyage. Il poursuivait ; son anglais prit le dessus :

    _ By the way, have you already smoked any french cigarettes ? *

    _ Yes Sir, there are very strong ... dirty ! « dégueulasses », comme disent les Français ... mais je m’en contenterai …

    _ Pour ce qui est de Paulette, j’avais préparé trois photographies, mais vous venez de me dire que vous l’eussiez côtoyée. Soit ! En cas de subterfuge, on peut s’attendre à tout avec la « Gestapo », voici la moitié d’un billet de 10 deutsche marks ; l’autre moitié est en sa possession, tous deux doivent se rejoindre à la perfection … ne le perdez pas !

    Sur le bureau du colonel, était posé un coffret anodin muni d’une sangle de transport …        Il reprit :

    _ Ah, j’oubliais ! vous emporterez dans votre paquetage cette petite valise ; c’est la dernière « trouvaille » de nos ingénieurs radioélectriciens. Il s’agit d’un poste émetteur, une sorte de balise qui guide avec grande précision nos avions lors de parachutages … et sans que l’on ait besoin d’utiliser des feux d’approche. Génial, non ? Vous n’aurez qu’à placer l’antenne et enclencher l’interrupteur.

Harry écarquilla les yeux et exprima son admiration.

    _ Vous en aurez besoin là-bas, reprit le colonel ; ce poste, Paulette le réclamait ardemment, mais il n’était pas encore opérationnel. Prenez-en soin … car pour l’heure, il n’existe que très peu d’exemplaires !

Harry ne quittait pas du regard la valise. Le colonel reprit :

    _ À propos, pourquoi avez-vous choisi le nom de César comme pseudonyme ?

Son interlocuteur eut un léger sourire.

   _ À cause de l’empereur romain ! Il avait voulu s’emparer de notre beau pays comme ce cochon d’Hitler, et tout comme lui, il avait échoué. Alors, par superstition, pour conjurer le sort, j’ai pris pour nom de guerre, César !

    La boutade amusa le colonel dont le sourire, dans une face large, découvrit quelques dents en or. Ce dernier raccompagna son visiteur jusqu’à la porte et lui serra chaleureusement la main : la dernière peut-être. Comme à chaque fois qu’il se séparait d’un nouvel agent, il éprouvait le même sentiment de malaise. « Sera-t-il capable de survivre à tous les dangers ? » se disait-il. Sans que rien n’eût paru, ils échangèrent encore quelques banalités et le colonel offrit à César une ultime poignée de main en lui disant :

    _ So, good luck Harry, all my best wishes with you, and take care. **


* Avez-vous déjà fumé des cigarettes françaises ?

* * Alors, bonne chance Harry, tous mes vœux vous accompagnent, et soyez prudent.



  

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Dans son roman, « Profession :

Ouvriers Saboteurs », l'auteur nous

plonge dans les années noires de la guerre aux usines Peugeot à Sochaux.